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Conférence animation 3D & IA

Présentation d'Audrey Ferrera, consultante artiste en animation 3D et ancienne élève de l'école Méliès.
20 mars 2026 par
Conférence animation 3D & IA
DWEMER STUDIOS
| lecture - 6 minutes



​Audrey Ferrera, ayant travaillé en tant qu'artiste digitale, puis superviseuse VFX dans le cinéma, a tenue le 11 mars une conférence sur l'animation 3D et l'IA. L’événement s’est déroulé au campus de l'école Méliès à Orly, ou elle y a partagé son expérience, répondue aux questions des élèves et saluée ses anciens professeurs.

​Audrey débute sa carrière cinématographique après un cursus à l'école Méliès, en tant que "Digital artist" dans l'entreprise BUF, faisant de l'animation 3D en CGI. C'est ici qu'elle a travaillé sur son premier long-métrage professionnel : Big City, réalisé par Djamel Bensalah et sorti en 2007. Elle continue à se spécialiser en CGI, dans la composition et la création de décors (CG environment), occupant le post de "Digital artist" sur Avatar (2009), Thor (2011) et Prometheus (2012).

​Voyez ce rôle comme celui d'un peintre qui avant d'appliquer ses différentes couches, vient construire l'architecture de son image, tracer les lignes, les formes, la perspective. Une artiste qui possède un large panel d'outils similaires, des règles de mesure, des pinceaux, servant à créer cette fameuse illusion de réel. À la différence majeure que tout se passe sur des logiciels numériques, dans un environnement 3D simulé par l'ordinateur.
​C'est un travail précis et détaillé qui doit permettre ensuite au réalisateur de choisir et de calibrer son plan au sein de l'environnement 3D. Bien entendu, ce n'est pas exhaustif quant à tous les cas de figure possibles, puisque c'est un travail dense et très varié, qui nécessite d'avoir des compétences techniques et créatives diverses.

​En 2010, sur le 3e opus de la saga Arthur et les Minimoys ("Arthur : la guerre des deux mondes"), Audrey se voit attribuer pour la première fois le rôle de CG VFX lead. CG pour "Computer Graphics" et VFX pour "Visual Effects", autrement appelé Lead Artist en effet visuels 3D. Son rôle consiste à superviser, comme son nom l'indique, l'équipe de création des décors, sous-couches, couches puis animation des mouvements et déplacement, d'objets, d'humains ou de créatures en 3D. Il serait difficile, voir même impossible de décrire en quelques mots l'éventail des tâches que peuvent réaliser des artistes 3D et donc d'autant plus lorsqu'il s'agit de leur superviseuse.

​Néanmoins, pour ceux que ça intéresse, sachez que ce rôle nécessite de se doter d'une grande polyvalence. Puisque les compétences de la superviseuse vont de la création de modèle 3D, de la composition des décors, jusqu'à la relation avec les instances et responsables de la réalisation, en passant par la connaissance du contexte et des enjeux de production du projet. Il ne s'agit donc pas d'un simple travail de supervision, mais d'un métier nécessitant une conscience des implications politiques et sociales qui se cachent derrière un projet de long-métrage.

​Après nous avoir montré quelques exemples de son travail et de celui de son équipe sur le film Mufasa, Audrey nous a parlé d'intelligence artificielle.
Ce terme en vogue qui rajoute 10 points de SEO à chaque article de presse, peu importe que celui-ci soit sans intérêt, reflète l'incompétence de son auteur ou soit utilisé avec opportunisme dans le seul but de toucher la prime de rédaction (si ce n'est pas le cumul des trois). 
​En parlant de touche, c'est que bon nombre de ces articles pourrait être écrit avec l'IA et mettre paradoxalement ces mêmes rédacteurs sur le banc, et si ce n'est pas encore le cas, c'est parce que l'organisation sociétale entre dans l'équation. Et c'est de cette manière qu'Audrey a décidé de nous parler d'intelligence artificielle. Elle nous invite à voir cette technologie comme un outil, puisque c'est de telle sorte qu'elle fût pensée. 

​Je sais que vous vous étonnez d'avoir assisté à une transition aussi rapide entre propos politique sur le journalisme et IA générative dans le domaine de la 3D. Pourtant, c'est ce dont il est précisément question.

​Un choix politique d'une part, avec l'exemple des films de Christopher Nolan. Un réalisateur qui "vend ses films comme du Live". Comme s'ils étaient naturalistes, filmés en conditions réelles, niant presque leur nature virtuelle et l'implication d'animation CGI. L’IA recentre l’attention sur ces technologies numériques et participe à valoriser la place de l’animation 3D dans le cinéma. 
​Un sujet qui est largement débattu du fait que les effets visuels numériques ont pendant longtemps été vus comme des techniques permettant de supprimer des postes, réduisant la charge de travail, en opposition pur avec les techniques traditionnelles. D’autre part, à travers son travail à l’académie des Oscars, elle fait le constat que les VFX y sont vu comme les vilains petits canards. Effectivement un domaine qui génère peu d'articles hors des presses spécialisées dès lors que tel ou tel film remporte le prix des meilleurs effets visuels.

​C'est que l'intelligence artificielle est un outil proprement politique qui a révolutionné l'industrie et la manière de créer, comme a pu l'être auparavant la motion capture dans les années 2000, ou le technicolor bien plus tôt dans le milieu du cinéma. Il ne s'agit pas d'envisager qu'une personne seule pourra en un prompt (instruction donnée à l'IA), générer un film entier. Puisque le cinéma est un art du réel et collectif. Car même lorsqu'il s'agit d'animation orchestrée dans des logiciels, et bien le moteur physique calqué sur les lois naturelles de notre univers, la génération procédurale, le choix des paramètres de réalisation et bien d'autres éléments sont la preuve de l'infinité de possibilités qu'offrent ces outils.

​C'est ce qu'explique Audrey, il faut nécessairement faire un choix, décider des axes, du montage, de la lumière, de la composition. Certes, des choix opérés dans une logique de vision unique, qui doit correspondre à celle d'une réalisatrice, mais résultant en tout cas de multiples choix individuels. Ce que nous pensons également, c'est que la part d'imprévu, de hasard lors du processus est une composante essentielle au rendu du film, les multiples erreurs et essais menant au résultat final sont constructeurs. Et il me semble qu'ici l'IA y est propice. La personne qui décide du résultat, ne serait-ce que du placement d'une roche dans le décor, sera celle qui figera le résultat proposé même si initialement proposé par l’IA.

​Lors de ce temps d’échange, Audrey nous parlent d’optimisation dans les techniques de composition de l’environnement, entre modèle simple, reprojection de matt painting comme dans la série Arcane (2019), ou bien de CGI comme dans le film Le Livre de la jungle (2016), elle nous montre un exemple d'un plan en 3D qu'elle a généré en seulement 2 jours, contre plusieurs semaines avant l'apparition de ces dernières avancées techniques.
​Le progrès technique a toujours permis d'élever les attentes des spectateurs et d'augmenter les possibilités des créateurs, alors nous espérons également que les vilains petits canards talentueux qui réalisent les effets de tous nos blockbusters préférés réussiront à s'adapter, à entraîner des modèles sur leur style, à les perfectionner et à voir et créer encore plus grand, précis, détaillé, en conservant leur vision artistique.

​Ainsi, sa présence à l'école Méliès auprès de ses anciens professeurs et de ces nouveaux étudiants nous prouve deux choses.

​La première est que les techniques traditionnelles sont essentielles pour appréhender l'avancée technologique en un progrès technique. Rien de mieux que la sculpture pour intégrer l'ampleur des volumes dans l'espace et pouvoir les façonner dans un environnement virtuel.
​La deuxième est que la transmission d’un savoir étendu est ce qui forge l'adaptabilité. Façonner à travers un cursus pédagogique la polyvalence de l'esprit et des compétences est la meilleure manière d'apprendre à s'adapter aux nouvelles technologies, à ne pas subir le progrès, mais à se l'approprier.
Des savoirs qu’elle a pu développer lors de son cursus à Méliès et qui lui ont permis de s’adapter tout au long de son parcours pour se faire une place dans le milieu du cinéma.

​Terminant la conférence sur cette note optimiste concernant la résistance des métiers de ce secteur face à l’IA. Audrey invite les étudiants à apprivoiser l’IA, accompagnée d’un autre intervenant, rappelant qu’un producteur seul n’arrivera jamais à créer un film avec la seule aide de l’intelligence artificielle. Vision que nous partageons, un film est le produit d’une création collective.
 
Conférence animation 3D & IA
DWEMER STUDIOS 20 mars 2026
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